J’appelle au boycott des grandes surfaces et de la grande distribution.
J’en appelle aux politiques pour qu’ils inscrivent dans leur programme un plan de suppression de la grande distribution.
Pourquoi ?
Les maux causés par la grande distribution sont multiples. La liste que je sais malheureusement non exhaustive peut se résumer ainsi, appauvrissement des fournisseurs (surtout agricole), monopole sur les prix de vente, uniformisation de l’offre (alimentaire, habillement, entretien, habitat), politique de saisonnalité contraignant le chaland à une démarche grégaire, offre non orientée vers le besoin du consommateur mais uniquement motivée par la rentabilité, l’arnaque en connivence avec les pouvoirs publics lors des périodes de solde, elle est le suppôt du ministère des finances pour le calcul du taux d’inflation (prix bas sur certains produits (de mauvaise qualité !) du panier entrant dans le calcul de l’indice), la déshumanisation des centres ville en s’installant en zone périphérique désertée hors des heures d’ouverture, les délocalisations, la destruction des emplois et la paupérisation de la majorité de leurs employés, etc., etc.
J’aborderai ce jour que celui de l’emploi qui me semble fondamental en cette période, où le chômage augmente, où le pouvoir d’achat baisse, où les prestations sociales ne permettent plus aux plus démunis d’avoir un niveau de vie correct, où l’avenir salarial semble totalement bouché pour ceux qui sont en activité ou les jeunes à la recherche d’emploi.
Le constat.
L’arrivée des grandes surfaces sur le territoire national sous l’ère Pompidolienne a bouleversé totalement l’ensemble du paysage français, qu’il soit visuel (zone à la périphérie des villes consacrée à la grande distribution), qu’il soit de répartition de l’activité commerciale (disparition dans les centres ville, des commerces de détail et de proximité), qu’il soit de la désertification des zones rurales, qu’il soit de la production locale et traditionnelle (disparition des artisans et des petites entreprises au savoir-faire ancestral mais à la production en volume réduite), ou qu’il soit de la production agricole (agriculture intensive, élevage en batterie, …), etc.
Les produits ont peu d’importance pour la grande distribution. L’objectif principal est le flux financier généré par la vente, l’écart de temps entre la recette provenant de la vente et le paiement des fournisseurs, permet des placements au jour le jour beaucoup plus rentables que la marge nette obtenue. Le marketing est le moteur de la démarche, susciter auprès des consommateurs l’envie d’acheter des lots de marchandises qui seront payés sous 30 jours, voilà l’obsession permanente de la Direction Financière de ces grands groupes. Que le prix d’achat soit compatible avec la rentabilité de l’entreprise qui a livré le produit n’est pas la préoccupation. Que le client trouve au moment où il le souhaite la marchandise dont il a besoin ne tourmente pas la Direction des Achats (Qui n’a pas cherché désespérément dans les rayons ce qu’il était venu acheter ?).
La grande distribution a une approche déshumanisée de son activité. Le client est un ticket de caisse. Ses prix d’achats ne sont pas régis par les lois normales de la concurrence en fonction de l’offre et la demande, mais selon sa posture autocratique liée à sa position monopolistique. Le maître mot n’est pas le service rendu, mais la rentabilité systématique au profit de ses actionnaires.
Le commerçant de quartier a lui, au contraire, un rôle social, motivé par la réponse à apporter à ses clients, soucieux de préserver l’activité de ses fournisseurs dont la qualité des produits dépend de la viabilité de leur entreprise. Une synergie d’intérêts se noue autour du commerçant de détail, ses propres intérêts (conserver sa clientèle en la satisfaisant), ceux du client, ceux des fournisseurs, ceux de l’espace sociétal dans lequel il est établi (convivialité, respect des personnes âgées et des personnes fragiles, présence en centre-ville, etc.).
Les conséquences sur l’emploi.
Les études portant sur l’emploi dans le commerce masquent la réalité en ne s’intéressant qu’au seul secteur du commerce. En effet, à la lecture à titre d’exemple d’une étude du CREDOC (cahier de recherche n° 229 novembre 2006 dirigé par M. Laurent Pouquet)., il est attirant de croire que le développement de la grande distribution est facteur de création d’emploi.
Or, il n’est mis en évidence dans les différentes études que la mutation qui s’est établie, passant de la disparition des commerces indépendants au profit des grands acteurs du commerce. Ainsi en effet, le nombre d’emplois selon les statistiques semblent avoir augmenté, bien que l’on masque une réalité, les commerces indépendants étaient souvent tenus par des couples où seul l’un des membres était déclaré actif. De plus, les chiffres bruts ne tiennent pas compte pas compte d’une part, de l’évolution de la démographie pendant la période concernée par l’étude et d’autre part, de l’impact de la grande distribution sur les autres secteurs de l’économie.
C’est ce dernier point qui est intéressant à étudier.
Pour faciliter la compréhension, prenons le parti pris d’étudier deux modèles commercial, l’un basé sur le commerce de détail et de proximité composé de petites surfaces de vente dans une logique de libre installation et indépendante, le second organisé selon les principes de la grande distribution, répartie dans de grandes surfaces de vente (Hyper ou supermarché), à dominante alimentaire ou spécialisée (GSS).
Les commerçants du premier modèle s’approvisionnent auprès de grossistes ou directement auprès de producteurs indépendants, font réaliser leur gestion et leur comptabilité par des experts externes, utilisent les services d’artisans pour l’aménagement et l’entretien de leur espace de vente, s’appuient sur des petites structures de communication pour leur publicité et leur marketing, s’équipent en moyen des nouvelles technologies (caisses électroniques, ordinateurs, terminaux de paiement, téléphones, internet, etc.), utilisent des moyens dédiés pour l’approvisionnement et les livraisons (voitures, fourgons, …) et les font entretenir par des garagistes locaux, ils emploient des collaborateurs pour assurer leur activité commerciale.
Les grandes surfaces alimentaires ou spécialisées, négocient directement par leur direction des achats l’approvisionnement, généralement, pour l’ensemble de leurs espaces de vente. Leurs fournisseurs sont des industriels ou des structures de production capable de fournir de grandes quantités de produits. Elles possèdent leurs propres hubs d’approvisionnement des surfaces de vente et s’affranchissent généralement de la relation avec les grossistes. Leur gestion et leur comptabilité est centralisée, elles utilisent des moyens techniques de traitement de masse (par exemple : EDI). L’aménagement des structures de vente est rationalisé et standardisé selon une logique de fabrication industrielle (gondoles identiques, linéaires composés d’éléments modulables, caisses standardisées, etc.). Elles emploient une main d’œuvre peu qualifiée et faiblement rémunérée (temps partiel) sur les surfaces de vente pour les travaux de caisse et d’approvisionnement des rayons. Elles sont organisées selon un organigramme hiérarchique avec au sommet des diplômés de haut niveau. Elles ont souvent leur propre service financier à destination de la clientèle.
Il est évident qu’en réduisant le nombre de point de vente, concentration dans les grandes surfaces, l’activité induite ou en synergie par la présence de ces points de vente se réduit. Ainsi, l’aménagement d’une grande surface ne profite que très rarement aux petites structures artisanales. La gestion et la comptabilité d’une société cotée au CAC 40 ne sont pas assurées par le cabinet d’expert comptable de la localité où se situe l’espace de vente mais dans une direction comptable et de gestion située au siège. L’équipement informatique et téléphonique est standardisé et géré par un organe central pour un ensemble de supermarchés (ou hypermarchés). Les centrales d’achat ont supplanté la relation avec les grossistes et semi-grossistes qui disparaissent peu à peu (ex : MIN de Rungis). La demande de produits de la grande distribution vers le secteur de production de masse a détruit tous les circuits de distribution des petits producteurs (agricole, produits régionaux, etc.) qui ont perdu leurs débouchés et ont disparu. Au total, ce sont des centaines de milliers d’emplois qualifiés qui ont disparu au fur et à mesure du développement des grandes surfaces. C’est aussi un ensemble de savoir-faire professionnel qui n’existe plus. La grande distribution est bien le fossoyeur de l’emploi en France.
Les raisons de la présence de la grande distribution.
Le développement de la grande distribution a reçu la bénédiction de toutes les composantes des Etats, les éléments ci-dessous tentent d’en apporter l’illustration.
Bénédiction des industriels qui trouvent des interlocuteurs moins nombreux pour écouler leurs productions. C’est le cas de l’industrie alimentaire (les grands groupes comme Danone ou Nestlé par exemple) qui peut aussi modifier les habitudes alimentaires des consommateurs par des actions marketing. Ils phagocytent les linéaires des grandes surfaces de nouveaux produits plus adaptés à la production industrielle et donc leur permettant ainsi d’augmenter leur rentabilité. Mais c’est aussi le cas dans l’industrie du meuble ou dans celle des produits d’entretien (Unilever, Procter and Gamble, …).
Bénédiction des grands groupes de production agricole qui peuvent établir des relations directes avec la distribution sans être tributaire des transitaires pour écouler leur production de produits standardisés et peuvent ainsi absorber les coopératives agricoles qui n’ont plus la capacité de répondre en volume à la demande des centrales d’achat de la grande distribution.
Bénédiction des élus locaux des petites communes n’ayant pas de revenus mais ayant des espaces fonciers sur lesquels viennent s’installer les centres commerciaux. C’est à celui qui fera les yeux les plus doux pour les super et hyper qui acceptent de s’implanter sur leur terre au mépris de la désertification des zones rurales ou de la « désociabilisation » des centres ville des villes moyennes. Le seul objectif est de bénéficier du retour des taxes que procure une activité de cette nature. Même les élus de couleur politique que l’on pourrait imaginer scrupuleux du confort de leurs administrés surtout s’ils sont âgés ou démunis et donc privés de moyen de locomotion leur permettant d’accéder à ces zones de concentration commerciale adoptent se comportement, ne considérant que leur intérêt à court terme (leur permettant peut-être une réélection !).
Bénédiction des syndicats qui trouvent par la concentration de salariés la possibilité de mettre en place des structures et d’avoir une représentation lors des élections de branche. Il est plus facile de sensibiliser et de proposer des adhésions à du personnel lorsque celui-ci est regroupé. L’exercice est plus difficile lorsque les entreprises sont petites et non contraintes par la législation à créer des Comités d’entreprise ou des CHS. Surtout que le nombre de voix aux élections professionnelles déterminent la représentativité des syndicats dans les différents organismes comme les prud’hommes, les organismes sociaux et de l’emploi. Ils doivent exercer du prosélytisme, l’organisation salariale de la grande distribution leur facilite leur tâche.
Bénédiction des diplômés des grandes écoles de commerce qui trouvent dans ce secteur des débouchés et des plans de carrière. Bénédiction des grandes écoles de commerce qui perçoivent des subsides par le biais des taxes versées directement par les grandes entreprises et qui peuvent aussi démonter la véracité de leurs modèles exposés en cours en prenant les exemples de réalisation dans la grande distribution.
Bénédiction des médias et autres organes de presse dont les ressources sont alimentées par la publicité permanente des grandes entreprises de ce secteur, de leurs fournisseurs ou des industriels. De plus, il est plus facile pour la presse spécialisée de trouver matière à des articles dans un environnement moins dispersé que le serait celui du commerce de détail et de proximité. Par exemple, réaliser une étude sur le comportement des consommateurs par rapport à un produit particulier, devient envisageable, il suffit d’interroger quelques bases de données (exemple : celles de Carrefour, d’Auchan ou de Leclerc, pour l’alimentaire ou celles de Leroy-Merlin et de Castorama pour les tendances d’aménagement de l’habitat). N’avez-vous jamais remarqué que les journalistes font toujours référence aux grandes surfaces ?
Bénédiction des politiques qui préfèrent la concentration d’un nombre peu nombreux d’acteurs afin d’une part, avoir des interlocuteurs reconnus ou que l’on place pour avoir des relais lorsqu’il faut prendre les décisions et d’autre part, pour mieux maîtrisé les variations d’opinion. Des exemples récents ont mis en évidence ces pratiques. L’un des derniers en date, lors de la grogne des producteurs de fruits et légumes et la convocation devant tous les médias à des fins politiques, des responsables de la grande distribution.
Bénédiction du consommateur qui trouve en un seul lieu la totalité de ses besoins et surtout qu’il peut acquérir en venant en véhicule automobile. Vous savez, cette bagnole que personne aujourd’hui ne peut se passer, précisément pour faire les 500 mètres qui mène au boulanger, au boucher ou à l’école. C’est bien là où les responsables de la grande distribution ont tapé dans le mille, en offrant des espaces de parking plus importants que les surfaces de vente. Les prix pratiqués sont-ils moins élevés qu’ailleurs ? Certains produits d’appel, le sont en effet, des conditionnements, que personne ne consommera en totalité, réduisent certainement le prix à l’unité. Mais l’économie est-elle réelle ?
En conséquence, on peut remarquer que nombreux sont ceux qui par intérêt personnel ou par intérêt des structures auxquels ils sont rattachés, souhaitent le statu quo. Pourtant, si l’on convient qu’il faut trouver des solutions à tordre le cou au chômage, toutes les pistes doivent être explorées, la suppression de la grande distribution en est une.
Les freins
Le frein essentiel pour limiter l’impact de la grande distribution viendra du consommateur, dont le conditionnement de ses habitudes a été mené par une politique de petits pas concertés ou inconscients par ceux qui en ont été les vecteurs d’un discours profitable au changement des méthodes commerciales dans tous les pays industrialisés.
Dans un premier temps, il fallait copier le modèle américain. Puis ensuite, on devait trouver une réponse efficace aux flux migratoires vers les grandes villes qui amenaient un nombre de chalands importants. Le développement des habitudes en matière de déplacement et d’utilisation de la voiture se heurtait à l’incurie des villes à assurer les déplacements des citoyens ou le parking d’un parc automobile en constante évolution. Il fallait répondre aussi aux directives sanitaires (que les lobbys de l’industrie alimentaire par exemple exigeaient auprès des dirigeants politiques) et ainsi de suite, de bonnes raisons ont été avancées qui toutes prises indépendamment pouvaient être acceptées par le plus grand nombre. Les médias ont joué aussi leur rôle néfaste, notamment la télévision avec ses programmes absurdes comme, « Combien çà coûte ? ».
Aujourd’hui il faudrait faire prendre conscience aux citoyens, par une démarche inverse, de l’utilité de supprimer la grande distribution. Cela ne peut qu’être que difficile, car les moyens financiers seront du côté de ceux qui ont un intérêt personnel à ce que le modèle se poursuive et se développe à l’instar des implantations actuelles dans les pays émergents. Ces installations qui à terme produiront les effets analogues sur l’emploi dans les pays concernés.
Les solutions.
Il faut aider à la création du petit commerce en premier lieu. Les aides doivent être de plusieurs natures.
Comme la bagnole semble être l’objet à ne pas déroger, il faut augmenter les parkings dans les centres ville ou en périphérie avec des moyens efficaces de relais entre les boutiques (navette avec fréquence élevée par exemple).
Il faut réhabiliter les espaces de vente en centre urbain et dans les zones rurales, agir pour que la location ou l’acquisition d’un fonds de commerce ne soit pas rédhibitoire.
Il faut que les banques acceptent le financement des aménagements et du fonds de roulement, à des taux réduits pour tout projet de création de commerce de proximité et de détail. Pour couvrir les difficultés éventuelles de remboursement il faut créer un fonds de solidarité qui pourrait couvrir les pertes financières.
Par ailleurs, il faut faire en sorte que les taxes supportées par la grande distribution soient très élevées. Ces charges seraient proportionnelles à la surface couverte par la grande surface. Cela inciterait à revoir la distribution en de petites surfaces. Le produit des taxes pourraient être affecté aux commerçants de détails qui, par contrat avec l’état, seraient obligés de respecter un taux de marge qui déterminerait le montant de l’aide convenu. Ainsi le prix final des produits aux consommateurs resteraient maîtrisés. Les commerçants pourraient s’approvisionner directement auprès des producteurs locaux et obtenir des prix d’achats qui permettraient au producteur de vivre et au consommateur de bénéficier de prix convenables. La consommation ne serait pas freinée, la relocalisation de production serait possible (création d’entreprise, (artisan, PME, exploitation agricole, etc.), la création d’emplois suivrait à coup sûr en synergie à ce redéploiement du commerce.
Conclusion.
La grande distribution en favorisant l’industrialisation de la production dont la logique est la rentabilité extrême crée un cercle infernal de suppression d’emplois. Elle fait disparaître aussi tout un savoir-faire agricole et artisanal qui amène la paupérisation des zones rurales et en conséquence influe sur la croissance et donc sur l’emploi. La grande distribution pousse par sa politique d’achat (afin de générer des marges importantes et fournir des dividendes à ses actionnaires) à la délocalisation pour la production de certains produits (Viande, fruits, légumes, habillement, produits ménagers, etc.). La délocalisation est source de la destruction des emplois. La présence monopolistique de la grande distribution ne permet pas aux petits commerçants de lutter à armes égales, -est-il possible de trouver un quincailler aujourd’hui par exemple- pourtant il évitait le gaspillage en permettant les réparations.
La grande distribution est capable de mener un lobbying important auprès des politiques, des élus locaux, des associations qu’elle sponsorise, des médias qui flagornent pour obtenir leur part de publicité, des industriels qui attendent des circuits simples de distribution, des organes de formation qu’ils financent. De ce fait, le discours ambiant leur est tellement favorable qu’il peut paraître inconvenant de la remettre en question et surtout de vouloir la clouer au pilori.
Pourtant c’est l’une des solutions pour lutter contre le chômage, Il est impératif de la supprimer et réorganiser le commerce.
Un homme politique aura-t-il le courage de prendre des décisions efficaces pour empêcher la nuisance de cette pieuvre aux milles tentacules qui touchent tous les pans de l’économie pour son seul profit.
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